« Ce
que je dis c’est à mon silence que je le dois,
Ce que je
suis c’est par ma poésie que je le vois. »
(Karim Charrad).
La poésie
en tant que « religion sans espoir » a fait couler beaucoup
d’encre. En effet, Victor Hugo disait que la poésie « n’est pas dans la
forme des idées elles-mêmes, la poésie c’est
tout ce qu’il y a d’intime dans tout ». Je ne prétends pas m’apparenter à la Pléiade des poètes qui étaient capables de
chanter et célébrer des choses dans leur splendeur première et profondeur
inexplorée, comme s’ils les voyaient pour la première fois. C’est loin de la.
Ma poésie, ou plutôt mes inspirations poétiques ne sont qu’un trait d’union
entre un monde réel et un autre idéal, le pont entre le rêve et l’espoir d’une
part, et la mélancolie et la fatalité d’autre part. La combinaison
« controversée » entre ce réel cruel, trop voisin et l’idéal utopique
et lointain. Je ne prétends rien démontrer ni rien prouver dans mes rimes,
l’apport poétique doit réveiller dans l’esprit (des auditeurs) l’écho perdu de
la voix, l’irréfutabilité des sentiments bafoués, les pensées intimidées par le
silence destructeur et l’imagination agressée par les technologies modernes.
C’est juste
un essai de jumelage entre la musique de l’émotion et les parodies des pensées,
une immersion délicieuse qui attire et sensibilise l'oreille. En plus, le grand
art du poète (et du romancier aussi) est de réveiller les souvenirs, ce beau
sentiment qui suscite une sorte de lutte dans notre pensée, une lutte de survie
entre toutes nos impressions, et il ne subsiste à la longue que les impressions
fortes.
Si mes rimes
oscillent entre les inspirations philosophiques et la fatalité stoïque, ce
n’est qu’un essai, timide certes, d’interpréter le monde, profaner les vérités
et dénoncer tout ce qui est vide et stérile. Il se peut que mes rimes vêtissent
un caractère didactique, cela est le fruit de l’expérience, une expansion de la
révolte et une critique du commun.
Je ne
cacherai jamais ma peur de tomber dans la légèreté car le poème ne signifie pas
poésie. On peut rimer voir rimailler sans atteindre la poésie véritable et
cette poésie ne s’érigera jamais en tant que langue de création.
Pour éviter
ce « piège poétique », il faut éradiquer le clivage culture de
l'esprit - culture du cœur, l’être humain est un tout, les effets de la beauté
poétique sont capables de provoquer chez le lecteur une joie mélancolique, une
tristesse complaisante ou désespérée, ou encore une réflexion dogmatique.
Pour
savoir c’est quoi la poésie, il faut connaître d’abord c’est quoi l’âme ?. Il
n’existe pas de définition de la poésie mais le vrai défi est la chercher
plutôt dans ses effets. Tomber sur un poème dénué de poésie n’est pas si grave
que ça, car le rythme, la combinaison des strophes et des rimes, les métriques,
les césures et le poète controversé peuvent faire de ce poème immortel (vu la
qualité du vocabulaire et de la syntaxe aussi, cette question sera traitée
ultérieurement avec l’importance de l’inspiration poétique).
On est
rendu à un point de conclure que la poésie utilise le langage autrement, ce
dernier n’est plus un simple outil qui véhicule une information ou transmettre
un message pour des fins de communication. Dans ce cas le poète invente des
rapports nouveaux entre les mots, des nouvelles significations (tel que
alliance et rapprochements inattendus, des comparaisons et métaphores).
À mon avis, c’est
important qu’un poète choisit un hymne pour son cheminement, une loi de
référence qu’à partir de laquelle il trouvera l'explication à toute dérogation,
enrichir ses horizons et bien argumenter le choix de son style. Ma chanson est
empruntée au Chevalier de Boufflers[1]:
Il faut dire en deux mots
Ce que l’on veut dire;
Les longs propos
Sont sots.
Il faut savoir lire,
Avant que d’écrire
Et puis dire en deux mots
Ce que l’on veut dire;
Les longs propos sont sots.
Il ne faut pas toujours conter
Citer
Dater
Mais écouter.
Il faut éviter l’emploi
Du moi :
Voici pourquoi,
Il est tyrannique,
Trop académique
L’ennui
Marche avec lui.
Je me conduis toujours
ainsi;
[1]Chevalier de Boufflers
(Marquis Jean-Stanislas, dit le), Nancy, 31 Mai 1738 – Paris 18 Janvier 1815.
Œuvres (Tome II) 1786